EPISODE UN
Astro Nascha et Alpha Sjóari avaient encore des plumes et des poils sur la tête avant tout ça, mais la vie était vraiment moins rigolote.
Alors que l’aventure manquait dans le monde des cravates et du lait périmé, ils avaient construit un grand voilier avec de vieilles commodes en chêne, des trombones et puis des bois de renne pour prendre des vacances au large. Ils l’avaient appelé Argo et c’était peut-être bien à cause de ça qu’ils avaient atterri dans les étoiles. En tout cas, un jour où ce hibou rêveur et ce loup très doux jouaient aux vikings en plein milieu de la mer de Norvège, ils avaient tout simplement oublié l’existence de la gravité et glissé, glissé, glissé, hors de la planète pour atterrir dans une galaxie où les océans et l’espace n’étaient qu’un.
Le temps avait passé et les mers cosmiques ne cessaient d’éblouir leurs yeux-trous. Ici il ne faisait ni jour ni nuit, juste quelque chose entre les deux, d’un sombre lumineux. Les tempêtes de sables étaient douces comme des caresses, les nuages étaient aussi comestibles que des fraises des bois, l’air salé et frais avait un arrière-goût de montagne, et quand ils faisaient clair on pouvait gambader autour du bateau pour ramasser les coquillages qui flottaient. Il y avaient des étoiles, beaucoup d’étoiles, elles ressemblaient à des diamants, parfois elles s’amusaient à s’embrasser pour faire des feux d’artifices. Lorsque Nascha dormait, elle prêtait ses yeux de hibou (qu’elle avait enfermés dans un bocal quand ils étaient tombés avec ses plumes) à son bien-aimé pour qu’il les guide dans le noir, tandis que des vagues de lumières venaient s’écraser contre le navire, berçant leurs esprits euphoriques.
La vie était bien, la vie était belle. Ils avaient voyagé longtemps, à la recherche d’une petite planète où s’installer et peut être devenir les rois.
Mais Alpha Sjóari fut un jour réveillé par des exclamations.
« viens vite, viens vite ! »
Astro Nascha était assise à côté du gouvernail. Des larmes grosses comme des camions-poubelles roulaient dans les airs autour de ses grands yeux-trous. Elles allaient toutes s’écraser contre les étoiles qui n’appréciaient guère le cadeau.
« mais qu’est-ce qu’il y à la fin ! » Sjóari était encore tout fatigué de leur baroudage de la veille.
« eh bien j’étais là, je faisais des cabrioles autour de la voile , et puis tu me connais, quand je suis contente je ris fort en ouvrant bien grand la mâchoire comme ça. Alors donc j’étais là à m’exclamer quand un poisson m’est rentré dans la bouche et il a fait son nid douillet dans mon ventre ! Il ne veut plus sortir, il m’a même menacé de pondre ses œuf au creux de mon ventre si je n’arrêtais pas de crier à m’en faire trembler l’estomac. Alors j’ai dit qu’il verrait de quel bois se chauffe mon loup et tu es arrivé. »
« tu dis des bêtises, on n’a que des radiateurs pour l’instant. »
« j’ai peur qu’il explose en moi. »
« tu as toujours peur que les choses explosent. »
Sjóari était toujours un peu bougon mais il prit Nascha dans ses bras pour la consoler.
Il y eut un grognement de ventre, puis le hibou cosmonaute, dans un hoquet, ouvrit la bouche : une grosse bulle arc-en-ciel, puis deux sortirent de son bec.
« Il me fait du mal ! Tu as du l’étouffer en me serrant contre toi ! »
Le loup fut pris de panique. Sous ses yeux, le petit corps d’Astro Nascha devint tout frêle et fut secoué de tremblement.
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